Praxis Énergie SERRES

PAC de forte puissance pour serres : cascade, acoustique, dégivrage

Par le bureau d'études Praxis Énergie Serres · Mis à jour le

Une pompe à chaleur grande puissance devient le standard du chauffage de serre électrifié. La fiche CEE AGRI-TH-108 révisée exige au moins 300 kW thermiques par machine. Les PAC industrielles de serre se comptent donc en centaines de kilowatts, voire en mégawatts lorsqu'on les associe en cascade.

Ce seuil figure dans le projet de révision de la fiche AGRI-TH-108, soumis à consultation publique à l'automne 2026 et non encore publié au Journal officiel. La version A35.2, sans seuil de puissance, reste applicable jusqu'à la publication. Le projet est publié sur le site des consultations publiques, la version en vigueur sur le site du ministère de la Transition écologique.

Le seuil de 300 kW par PAC et ses conséquences

Le projet de fiche impose une puissance thermique nominale d'au moins 300 kW pour chaque PAC du système. Une installation composée de petites machines ne peut donc plus être valorisée, même si leur puissance cumulée dépasse ce seuil. Le texte demande aussi une électrification totale : la PAC couvre seule le besoin de chauffage, sans chaudière d'appoint.

Quelle surface pour une PAC de 300 kW ?

En électrification totale, la PAC doit fournir la puissance de pointe à la température de base. Le tableau ci-dessous donne des ordres de grandeur pour une serre isolée en couverture et une température de base de −5 à −7 °C.

Culture (consigne de nuit) Besoin de pointe Surface couverte par 300 kW
Tomate, concombre, poivron (16 à 18 °C) 110 à 170 W/m² 1 800 à 2 700 m²
Fraise hors-sol, salades (10 à 12 °C) 75 à 110 W/m² 2 700 à 4 000 m²
Plantes en pot exigeantes (15 à 20 °C) 100 à 160 W/m² 1 900 à 3 000 m²
Horticulture tempérée, pépinière (8 à 12 °C) 55 à 95 W/m² 3 200 à 5 500 m²

Une PAC de 300 kW se justifie donc dès 2 000 à 2 500 m² de serre maraîchère chauffée, avec un léger surdimensionnement. En horticulture tempérée, il faut plutôt 3 500 à 4 000 m². Ces valeurs varient d'environ 25 % selon la région et la couverture. Le calcul précis se fait selon la méthode de notre guide de dimensionnement de PAC de serre.

Moins de 400 kW, plus de 400 kW : deux critères de performance

Jusqu'à 400 kW, la performance se juge sur l'efficacité énergétique saisonnière Etas, selon le règlement (UE) n° 813/2013. Elle doit atteindre 126 % pour une application basse température, à 35 °C, ou 111 % pour une application moyenne ou haute température, à 55 °C.

Au-delà de 400 kW, le critère devient le COP en mode chauffage, mesuré selon la norme EN 14511-2 avec une sortie d'eau à 35 °C. Il doit atteindre au moins 3,4. Le forfait de certificats augmente ensuite par paliers de performance, comme le montre notre simulateur de prime CEE.

Montage en cascade : parallèle ou série

Au-delà de quelques centaines de kilowatts, on associe plusieurs machines. Le projet de fiche distingue deux montages, qui ne se valorisent pas de la même façon.

  • En parallèle, chaque PAC alimente directement le circuit de distribution. La puissance du système est la somme des puissances nominales.
  • En série, les PAC sont placées successivement sur le même circuit. Seule la dernière, qui fournit directement la chaleur au réseau, compte pour la valorisation.

Le montage en série reste intéressant pour atteindre une température de départ élevée avec un bon rendement. Il pénalise pourtant le calcul du plafond de surface. Lorsque des machines de classes différentes sont installées en parallèle, le calcul retient le forfait par m² le plus faible. Ces arbitrages se tranchent dans l'étude préalable de dimensionnement.

La cascade apporte aussi une redondance utile. Une machine en panne ne coupe pas tout le chauffage, ce qui limite le recours au secours consigné, plafonné à 500 heures par an.

Spécifications et performances par grand froid

Une PAC air/eau puise ses calories dans l'air extérieur. Sa puissance et son rendement baissent quand il fait froid, précisément quand la serre en a le plus besoin.

COP à la température de base

Le COP nominal est mesuré dans des conditions favorables. À la température de base, le COP réel peut descendre nettement sous ces valeurs, et la puissance délivrée baisse aussi. Le dimensionnement doit donc s'appuyer sur les courbes du constructeur à Tbase, pour la température de départ réellement nécessaire.

Plus la température de départ est basse, meilleur est le COP. Un réseau capable de chauffer la serre avec une eau à 35 ou 45 °C change l'économie du projet. Les réseaux existants dimensionnés pour une chaudière demandent souvent une adaptation, traitée sur notre page PAC haute température.

Dégivrage et rôle du stockage

Entre −5 et +5 °C, par temps humide, l'évaporateur givre. La machine inverse alors son cycle quelques minutes pour le dégivrer, en prélevant de la chaleur sur le circuit d'eau. Sans stockage, ces cycles font chuter la température du réseau.

Le projet de fiche impose un ballon de stockage classique ou de type open buffer, isolé pour permettre au moins une heure de stockage. Ce volume absorbe les dégivrages et lisse le fonctionnement des compresseurs. Il permet aussi de décaler une partie de la production vers les heures creuses. Les principes de dimensionnement sont présentés sur notre page stockage thermique par inertie.

Intégration et mise en œuvre sur le site

Une PAC de plusieurs centaines de kilowatts est un équipement industriel. Son implantation pose des questions de bruit, d'électricité et de réglementation des fluides. Deux guides détaillent ces sujets : raccordement électrique et fluides frigorigènes.

Acoustique et implantation des unités extérieures

Les ventilateurs des unités extérieures produisent un bruit continu, y compris la nuit, quand le besoin de chauffage est maximal. La réglementation sur les bruits de voisinage fixe une émergence maximale de 5 dB(A) le jour et de 3 dB(A) la nuit chez les tiers. Pour une exploitation proche d'habitations, une étude acoustique préalable évite les conflits.

Les leviers sont connus : éloignement des habitations, orientation des soufflages, écrans acoustiques, ventilateurs à vitesse variable et modes nuit. L'implantation doit aussi laisser circuler l'air pour éviter le recyclage d'air froid entre machines.

Puissance électrique et raccordement

Par grand froid, une PAC air/eau appelle en ordre de grandeur entre un tiers et la moitié de sa puissance thermique, selon la température de départ. Une PAC de 300 kW thermiques demande donc environ 100 à 150 kW électriques en pointe. Une installation de plusieurs mégawatts thermiques impose presque toujours un raccordement en haute tension.

Selon la puissance, l'exploitation passe en tarif jaune, en tarif vert, ou doit créer un poste de transformation. Les délais de raccordement du gestionnaire de réseau peuvent dépasser un an pour un poste HTA, en ordre de grandeur. Le projet de fiche demande d'ailleurs un état des puissances électriques avant et après travaux lorsque le raccordement doit être renforcé.

Fluides frigorigènes : R290, CO2, HFO

Le règlement européen (UE) 2024/573 sur les gaz fluorés accélère la sortie des HFC à fort potentiel de réchauffement. Les machines récentes de forte puissance utilisent trois familles de fluides.

  • Propane (R290). Très bon rendement, mais fluide inflammable : implantation extérieure ou local ventilé, zonage et charge limitée.
  • CO2 (R744). Adapté aux températures de départ élevées, à condition que l'eau revienne froide ; moins performant si le retour du réseau est chaud.
  • HFO et mélanges à faible potentiel. Mise en œuvre proche des fluides classiques, avec des contraintes de sécurité modérées.

Au-delà d'une certaine charge cumulée de fluide, la réglementation des installations classées (ICPE) peut s'appliquer. Le régime dépend du fluide et de la charge totale du site : il se vérifie dès l'étude préalable, avant le choix du modèle.

Prix d'une PAC de 300 kW et plus : ce qui le fait varier

Le prix d'une PAC de 300 kW varie fortement selon la gamme, le fluide frigorigène, la température de départ et le niveau acoustique exigé. Deux machines de même puissance nominale peuvent afficher des écarts importants, d'où l'intérêt de comparer leurs performances à Tbase plutôt que leur seul prix catalogue.

La machine n'est qu'une partie du budget. Il faut y ajouter l'hydraulique, le ballon ou l'open buffer, la régulation, le génie civil, l'électricité et la mise en service. La réutilisation d'une chaufferie et d'un réseau existants pèse beaucoup sur le total. Seul un devis fondé sur l'étude permet de fixer le budget.

Côté financement, une pompe à chaleur de serre peut être financée jusqu'à 100 % par les CEE, selon la surface et le coût d'installation. Les forfaits de la fiche révisée sont détaillés sur notre page fiche AGRI-TH-108 révisée.

Questions fréquentes sur les PAC de forte puissance

Quelle surface de serre chauffe une PAC de 300 kW ?

En ordre de grandeur, 1 800 à 2 700 m² de tomates ou de concombres chauffés, et 3 200 à 5 500 m² en horticulture tempérée, pour une serre isolée en couverture. Le calcul exact dépend de la température de base, de la couverture et des consignes.

Peut-on installer plusieurs PAC de 300 kW sur une même serre ?

Oui. En parallèle, les puissances s'additionnent pour le calcul du plafond de surface. En série, seule la PAC qui alimente directement le réseau est prise en compte. Chaque machine doit atteindre au moins 300 kW.

Quel est le prix d'une pompe à chaleur de 300 kW ?

Le prix dépend de la gamme, du fluide et de la température de départ. L'installation dépend aussi de la chaufferie, du réseau et du raccordement. Seul un devis établi après l'étude préalable permet de chiffrer un projet.

Quelle puissance électrique faut-il pour une PAC de 500 kW ?

Par grand froid, entre un tiers et la moitié de la puissance thermique, soit environ 170 à 250 kW électriques en pointe. Ce niveau oriente souvent vers un raccordement en haute tension.

Dimensionner votre installation

Le choix d'une PAC de forte puissance engage la serre pour dix-sept ans, durée de vie conventionnelle retenue par la fiche. Puissance à Tbase, montage, stockage, acoustique et raccordement doivent être tranchés ensemble, avant la signature du devis.

Demander une étude de dimensionnement pour votre serre, ou revenir au guide de la pompe à chaleur serre.

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