Électrification totale ou hybridation : ce que la nouvelle AGRI-TH-108 impose
Pendant des années, l'hybridation PAC et chaudière a été la réponse standard en serre : la pompe à chaleur assurait la base, la chaudière gaz couvrait les nuits de gel. Le projet de révision de la fiche CEE AGRI-TH-108 renverse cette logique. Il exclut les PAC hybrides et l'hybridation d'une chaufferie existante. Seule l'électrification totale du chauffage reste éligible, avec un secours strictement encadré.
Principe : la PAC devient la seule source de chauffage
Le projet d'arrêté décrit l'opération comme une électrification totale de la production de chaleur destinée au chauffage des serres. Deux cas sont prévus : le remplacement total des chaudières à combustible, ou la création et l'extension d'un site chauffé. Dans les deux cas, aucune chaudière à combustible ne peut être conservée ou installée pour chauffer les serres, hors équipement de secours. Le comparatif PAC ou chaudière gaz met en regard les deux technologies.
Le texte définit aussi un périmètre du site : l'ensemble des serres d'une même unité de production, dans ses limites cadastrales. Pour un site où seuls certains blocs seraient électrifiés, la portée exacte de cette règle est un point à faire confirmer avant tout engagement.
Ce que la fiche A35.2 permettait encore
La fiche actuelle, en version A35.2, ne fixe pas de taux de couverture minimal. Elle exclut seulement les PAC installées en relève d'une chaudière à haute performance énergétique. Un montage où la PAC couvrait la base et la chaudière la pointe restait défendable, à condition de le démontrer dans l'étude. Cette version reste applicable jusqu'à la publication de l'arrêté de révision au Journal officiel.
Ce que le projet de révision exclut
Le référentiel de contrôle associé au projet classe l'opération « non satisfaisante » dans plusieurs cas.
- La PAC installée est une PAC hybride, combinant production au gaz et production électrique.
- La PAC résulte d'une hybridation : remplacement partiel des chaudières ou de la cogénération, ou ajout d'une PAC au sein du site existant.
- Une chaudière à combustible, une cogénération ou une chaudière biomasse est installée sur le site pour chauffer les serres, hors secours. L'interdiction court de l'engagement jusqu'à la fin de la durée de vie conventionnelle, soit 17 ans après l'achèvement.
- La dépose de l'équipement existant n'est mentionnée ni sur la preuve de réalisation, ni dans un document dédié.
Spécifications de l'équipement de secours
Le projet admet un équipement destiné à assurer la continuité du chauffage, uniquement en cas d'indisponibilité de la PAC. Une chaudière existante peut jouer ce rôle. L'étude préalable doit décrire ses caractéristiques et justifier sa conservation. Sa traduction dans l'automate est décrite sur notre page pilotage et régulation.
Consignation et procédure écrite
Une chaudière de secours doit être consignée par la fermeture et la condamnation des vannes hydrauliques et de l'alimentation en combustible. Une condamnation électrique s'y ajoute. Seule une intervention manuelle permet de la remettre en service. Une procédure écrite décrit les étapes de mise en sécurité, les points de consignation, la déconsignation et les contrôles avant redémarrage.
Plafonds : 500 heures et 12 % de l'énergie
Le secours ne peut pas fonctionner plus de 500 heures par an. Sa consommation annuelle d'énergie finale ne doit pas dépasser 12 % de celle du système de PAC qui alimente le même réseau. Heures et consommation sont relevées par un compteur dédié. Les mesures sont conservées six ans à compter de l'achèvement et transmises sur demande.
Ces plafonds interdisent de fait d'utiliser la chaudière pour écrêter la pointe. Une chaudière de secours qui tournerait chaque nuit de gel dépasserait vite ces seuils, et le contrôle sur site les vérifiera.
Le secours garde pourtant tout son sens face aux vrais aléas : panne d'un compresseur, coupure du réseau électrique, maintenance lourde. La procédure de consignation doit donc rester simple à appliquer de nuit par le personnel de l'exploitation. Un exercice annuel de déconsignation, consigné par écrit, évite les mauvaises surprises.
Ce que vérifiera le contrôle sur site
Le projet prévoit un contrôle sur le lieu de l'opération pour toutes les opérations engagées, après achèvement des travaux. L'inspecteur vérifie que l'équipement de secours est bien consigné et que la procédure écrite existe. Il contrôle le compteur dédié, les heures de fonctionnement et la part d'énergie consommée. Il s'assure enfin qu'aucune chaudière, cogénération ou chaudière biomasse ne chauffe les serres en dehors du secours.
L'absence de l'un de ces éléments suffit à classer l'opération « non satisfaisante ». Notre service de constitution du dossier CEE prépare ces pièces dès la conception.
Critères de dimensionnement : couvrir la pointe sans appoint
Sans chaudière d'appoint, la PAC doit fournir la puissance de pointe à la température de base du site. Ce changement pèse sur l'investissement. Il se maîtrise en travaillant d'abord la demande, puis le stockage, et seulement ensuite la puissance installée. Notre guide de dimensionnement PAC serre détaille la méthode de calcul.
Réduire les déperditions avant d'ajouter des kilowatts
Le projet de fiche exige déjà une couverture isolée : double paroi gonflable, double vitrage, ETFE, polycarbonate alvéolaire, verre faible émissivité ou écran thermique. Un double écran thermique fermé la nuit abaisse fortement les déperditions de pointe. Une consigne nocturne ajustée selon la culture réduit encore le besoin. Chaque kilowatt évité est un kilowatt de PAC et de raccordement électrique en moins.
Stockage et puissance à la température de base
Le stockage d'au moins une heure, imposé par le projet, absorbe les dégivrages et les pics courts. Il ne remplace pas la puissance de pointe pendant une nuit entière de gel. Les machines se choisissent donc sur leur puissance disponible à la température de base, dégivrage compris. Une PAC air/eau perd 20 à 30 % de sa puissance nominale par grand froid.
Chaque PAC doit dépasser 300 kW. Les grandes serres combinent plusieurs machines en parallèle, ce qui maintient une partie de la production en cas de panne. Ce montage réduit aussi le recours au secours. Notre page sur le stockage thermique par inertie détaille le calcul du ballon ou de l'open buffer.
Intégration et mise en œuvre sur serre existante
Sur un site existant, l'électrification commence par un inventaire de la chaufferie. Les chaudières sont déposées ou conservées comme secours consigné ; la dépose doit être tracée. Une cogénération qui chauffait les serres pose une question particulière, car elle ne peut plus assurer ce rôle pendant la durée de vie conventionnelle.
Le raccordement électrique devient le chemin critique. Une PAC de 1 MW thermique absorbe 300 à 400 kW électriques par grand froid. L'étude préalable doit donner l'état des puissances électriques avant et après travaux lorsque l'installation impose une augmentation de puissance. Les délais de renforcement du réseau se comptent souvent en mois.
Enfin, la gestion climatique fixe exigée par la fiche pilote la PAC, le stockage et les ouvrants. L'automate climatique doit donner la priorité au stockage avant toute alarme de secours.
Cas type chiffré : serre de tomates de 2 ha
Les données ci-dessous forment un cas type de calcul, sans décrire une exploitation réelle. Serre maraîchère vitrée de 20 000 m² avec écran, pointe d'environ 2 400 kW à −7 °C, soit 120 W/m², besoin annuel de 6 000 MWh utiles.
- Ancien schéma hybride, fiche A35.2 : PAC de 1 000 kW couvrant environ 85 % de l'énergie, chaudière en pointe. Forfait de 780 kWh cumac/m², surface retenue de 15 000 m², soit 11 700 MWh cumac et environ 93 600 €.
- Électrification totale, projet de révision : trois PAC d'environ 1 100 kW nominaux, dimensionnées sur la puissance disponible à −7 °C. Forfait de 2 700 kWh cumac/m², surface retenue de 20 000 m², soit 54 000 MWh cumac et environ 432 000 €.
Les valeurs en euros supposent une valorisation de 8 € le MWh cumac. L'électrification totale coûte plus cher en machines et en raccordement. En contrepartie, elle supprime le gaz et multiplie la prime. Ce chiffrage reste indicatif et dépend du projet réel.
Fiche CEE associée : AGRI-TH-108
Avec la révision en projet, une électrification totale par pompe à chaleur peut être financée jusqu'à 100 % par les CEE, selon la surface et le coût d'installation. Les textes de référence sont le projet d'arrêté soumis à consultation et la fiche actuelle A35.2.
L'ensemble des conditions figure dans notre synthèse de la fiche AGRI-TH-108 révisée. Notre simulateur de prime CEE calcule le montant pour votre surface.
Questions fréquentes sur l'électrification et l'hybridation
Une PAC hybride est-elle éligible à la fiche AGRI-TH-108 révisée ?
Non. Le projet de révision exclut les PAC hybrides gaz et électricité, ainsi que l'ajout d'une PAC en hybridation d'une chaufferie existante. Seule une électrification totale du chauffage des serres reste éligible, avec un éventuel équipement de secours consigné.
Peut-on garder la chaudière existante en secours ?
Oui, sous conditions. Elle doit être consignée (vannes hydrauliques, combustible, électricité), ne redémarrer qu'après une intervention manuelle et ne fonctionner qu'en cas d'indisponibilité de la PAC. Sa consommation est limitée à 500 heures par an et à 12 % de l'énergie finale du système de PAC, avec un compteur dédié.
La chaudière de secours peut-elle écrêter la pointe de froid ?
Non. Le projet de fiche réserve le secours aux cas d'indisponibilité de la PAC. La pompe à chaleur doit donc couvrir seule la pointe à la température de base, avec l'aide du stockage d'au moins une heure et d'une enveloppe isolée.
L'hybridation reste-t-elle possible avec la fiche actuelle ?
La fiche A35.2 reste applicable jusqu'à la publication de l'arrêté de révision. Elle exclut déjà les PAC installées en relève d'une chaudière à haute performance énergétique. Tout montage hybride doit donc être validé avec l'obligé CEE avant l'acceptation du devis.
Préparer l'électrification de votre serre
Praxis Énergie Serres réalise l'étude préalable de dimensionnement exigée par la fiche. Elle couvre les déperditions jour et nuit, la puissance à la température de base, le taux de couverture, le stockage, le secours et les puissances électriques. Nous rédigeons aussi la procédure de consignation et la logique de pilotage.
Retrouvez nos autres ressources sur la pompe à chaleur serre, ou demandez une étude PAC avec vos consommations des deux dernières saisons.
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